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LA CRISE ET L’APRÈS

POUR UNE RELANCE SOCIALE ET ÉCOLOGIQUE PAR DE NOU­VELLES PRA­TIQUES DÉMOCRATIQUES

Nul ne con­naît l’issue de la crise que nous vivons et nous ne maitrisons pas le cours des choses. Seule cer­ti­tude : les dif­fi­cultés économiques et sociales seront majeures en sor­tie de crise et le risque démoc­ra­tique élevé. Nous devrons donc à la fois répon­dre à l’urgence, en nous con­cen­trant sur le vécu des tra­vailleurs, et poser des jalons struc­turants pour l’avenir.

  1. CE QUE LA CRISE MET EN LUMIÈRE

Parce cette crise est inédite et ouvre une péri­ode de forte incer­ti­tude, il importe de ne pas pla­quer des mod­èles prêts à porter sur la sor­tie de crise, mais d’identifier préal­able­ment ce qu’elle met en lumière. Chaque point pour­rait faire l’objet d’un long développe­ment et la liste n’est évidem­ment pas exhaus­tive. Nous ne les décou­vrons pas aujourd’hui mais ils sont mis sous le feu des pro­jecteurs. Ce sont, en creux, autant d’opportunités de dire le monde que nous voulons.

SUR LE PLAN SOCIAL

  • La néces­sité de ser­vices publics et « au pub­lic » acces­si­bles à tous et dont il faut accepter qu’ils ne fonc­tion­nent pas tou­jours en flux tendu (la santé, évidem­ment, mais aussi l’éducation, la recherche, l’énergie, l’alimentation, la pro­preté, la sécu­rité, les trans­ports, la pro­preté…) Ú le « care » et les besoins vitaux en pre­mière ligne.
  • Des métiers à forte valeur ajoutée sociale, peu val­orisés économique­ment et sociale­ment (pres­tige social, rémunéra­tions, con­di­tions de tra­vail…), sou­vent occupés par des femmes.
  • La vul­néra­bil­ité de ceux qui sont éloignés du cœur de notre mod­èle de pro­tec­tion sociale et de l’em-ploi de qual­ité (les pré­caires, les indépen­dants) et des per­son­nes les plus frag­iles de notre société (les sans-​abris, les migrants, les per­son­nes dépen­dantes et hand­i­capées, les vic­times de vio­lence intrafa­mil­iales, etc.).
  • Les iné­gal­ités de notre société (ou injus­tices perçues) : celles-​ci se révè­lent dans le rap­port au con­fine­ment (ceux qui le passent dans leur rési­dence sec­ondaire et ceux qui vivent les uns sur les autres) et au tra­vail (les « exposés » et les « pro­tégés », « ceux qui payent le con­fine­ment des autres »), mais aussi dans le télé­tra­vail lui-​même (en fonc­tion du rap­port au numérique, des con­di­tions de vie et d’équipement, de la charge de tra­vail, du fait de garder ou pas ses enfants, etc.) et dans le rap­port à la con­ti­nu­ité péd­a­gogique (ceux qui peu­vent faire école à leurs enfants et les autres), etc. risque d’accentuer davan­tage les frac­tures sociales.
  • • L’émergence de nou­velles formes de risques psychosociaux.

  • • L’importance et l’efficacité de notre sys­tème de pro­tec­tion sociale qui joue à plein son rôle d’amortisseur, mal­gré des failles (tra­vailleurs très pré­caires, jeunes, indépen­dants tra­vail­lant seuls…).

  • • La mécon­nais­sance de leurs droits par beau­coup de tra­vailleurs et la dif­férence entre ceux dis­posant d’IRP et les autres.

  • Une forme de relégiti­ma­tion du dia­logue social qui reste à con­firmer (l’exécutif et le Medef ont besoin d’interlocuteurs et de relais dans la période).
  • La néces­sité d’un tissu asso­ci­atif solide locale­ment (sou­vent con­sid­éré comme un sup­plé­ment d’âme) pour main­tenir les liens et venir en aide aux plus fragiles.

SUR LE PLAN ÉCONOMIQUE

  • L’absence de maîtrise de fil­ières stratégiques au niveau national et européen.
  • La dépen­dance des entre­prises à la puis­sance publique, exac­er­bée en temps de crise.
  • La capac­ité des entre­prises à changer de pro­duc­tion (pro­duc­tion de gel hydro-​alcoolique, de masques aujourd’hui, activ­ités moins inten­sives en car­bone demain ?).
  • La volatil­ité des marchés financiers.
  • Les effets d’une poli­tique d’économies de court terme au détri­ment d’investissements de long terme, notam­ment dans les ser­vices publics.
  • L’importance des indus­tries de l’art de vivre dont la crise prive les citoyens (bars, cafés, restau­rants, cul­ture, sports, loisirs, tourisme…).

SUR LE PLAN EUROPÉEN ET INTERNATIONAL

  • Une mon­di­al­i­sa­tion sans gou­ver­nance ni régu­la­tions suffisantes.
  • Les rela­tions d’interdépendance entre États et les dif­fi­cultés du multilatéralisme.
  • La néces­sité de l’Union européenne et ses fragilités (notam­ment l’absence de com­pé­tence de l’UE sur les ques­tions sanitaires).
  • La capac­ité de l’Europe à s’affranchir du dogme budgé­taire mais l’égoïsme des mieux por­tants de ses États membres.

SUR LE PLAN DÉMOC­RA­TIQUE ET SOCIÉTAL

  • La néces­sité d’un État-​providence, régu­la­teur et stratège mais un État qui a perdu ses cap­teurs et sa capac­ité d’action con­crète et de coor­di­na­tion sur cer­tains sujets (préfets, Direc­cte, ARS) que ce soit du fait de l’absence d’une réelle poli­tique d’aménagement du ter­ri­toire ou de l’attrition des moyens.
  • Une réforme de l’Etat con­duite sans réflex­ion stratégique sur ses missions.
  • Le rôle indis­pens­able de cer­tains acteurs soci­aux dans la péri­ode, sans qui le gou­verne­ment serait com­plète­ment dépassé.
  • Notre rap­port au risque (par­al­lèle crise sanitaire/​crise écologique et sociale) et au temps : faut-​il atten­dre de subir les effets de la crise (écologique) pour agir ?
  • La con­cor­dance entre crise san­i­taire, atteintes à la bio­di­ver­sité et plus large­ment crise environnementale.
  • Les rela­tions d’interdépendance entre indi­vidus et le rap­port à l’intérêt général.
  • Une affir­ma­tion de sol­i­dar­ités petites et grandes avec une aspi­ra­tion au lien social, à la fraternité.
  • La fin rel­a­tive du sen­ti­ment d’impuissance poli­tique (ou sa mise entre parenthèse).
  • Une ten­sion entre pro­tec­tion san­i­taire et lib­ertés publiques, indi­vidu­elles et collectives.
  • De forts risques démoc­ra­tiques : com­plo­tisme ; risque de percevoir les régimes autori­taires comme plus effi­caces que les régimes démoc­ra­tiques ; ten­ta­tion, une fois le pic passé (et par­fois sans atten­dre) de faire le procès du gou­verne­ment et des insti­tu­tions qui nous ont mis dans cette sit­u­a­tion ; sen­ti­ment, en sor­tie de crise, que les change­ments ne sont pas à la hau­teur des attentes, etc.

  1. DES REVEN­DI­CA­TIONS DE COURT ET MOYEN TERME

Il nous faut nav­iguer entre deux risques.

Le pre­mier est celui du « busi­ness as usual », c’est-à-dire un plan de relance des­tiné à faire repar­tir le moteur économique en sur­régime dans l’espoir d’un rat­tra­page, au détri­ment des enjeux envi­ron­nemen­taux, soci­aux et démoc­ra­tiques. L’exécutif con­sid­ère qu’il jouera sa survie poli­tique à tra­vers ce plan de relance. La pres­sion sera aussi économique, avec un PIB ramené à ce qu’il était au début des années 2 000, une dette démul­ti­pliée, des recettes fis­cales en berne et de nom­breuses entre­prises en difficulté.

Nous risquons donc de devoir jouer en défen­sive sur de nom­breux ter­rains. Cela ne doit pas nous empêcher d’être aussi offen­sifs et audibles.

Le deux­ième risque est celui de l’utopie chimérique. Évidem­ment, le tableau de la crise invite à y voir l’essoufflement d’un mode de développe­ment et la néces­sité d’en bâtir un nou­veau, plus durable et sol­idaire. De nom­breuses ini­tia­tives sont en train d’éclore partout (pour lesquelles nous sommes d’ailleurs sou­vent sol­lic­ités) pour « ven­dre » aux pou­voirs publics et aux médias un mod­èle « clé en main ». Mais croire que l’on passera en un jour du « jour d’avant » au « jour d’après » est aussi illu­soire que le « grand soir ». Et il ne s’agit pas de faire du passé table rase.

Ni ultra-​pragmatique ni dans une fuite en avant décon­nec­tée du réel, la CFDT porte une utopie mobilisa-​trice de trans­for­ma­tion sociale qui con­siste à agir chaque jour, pas à pas, avec des objec­tifs de long terme en tête et des valeurs fortes au cœur. C’est ce qui nous dis­tingue de ceux qui bran­dis­sent des slo­gans mais dont nous parta­geons de moins en moins les valeurs et pas du tout les méth­odes d’action. C’est pour cela que « avec qui nous faisons » est aussi essen­tiel que « ce que nous faisons ».

Il importe donc pour la CFDT de main­tenir son cap, donné par nos textes et nos valeurs, d’un nou­veau mode de développe­ment, qui est plutôt con­forté par la crise, et de con­cen­trer nos efforts sur quelques reven­di­ca­tions fortes qui cran­tent le change­ment que nous appelons de nos vœux, artic­ulé autour de 3 enjeux clés :

  • la jus­tice sociale,
  • l’urgence écologique,
  • l’impératif démoc­ra­tique.

Cela doit être notre bous­sole dans une péri­ode mar­quée par la com­plex­ité et l’incertitude. Sans tomber dans le tra­vers qui con­sis­terait à lire le monde au seul prisme de cette crise, au détri­ment de tous les autres sujets que nous traitions aupar­a­vant et qui ne vont pas dis­paraître d’un coup de baguette mag­ique, nous devons iden­ti­fier des mesures immé­di­ates qui soula­gent et redonnent con­fi­ance et cohé­sion sociale et d’autres qui relèvent du moyen terme et devront être con­stru­ites démoc­ra­tique­ment pour poser des jalons de plus long terme.

À COURT TERME : RÉPARER ET APPREN­DRE À VIVRE AVEC LE VIRUS

. Le dia­logue social, garant d’un tra­vail de qual­ité et d’une reprise pos­si­ble dans les entre­prises et administrations

Les con­di­tions de tra­vail et de pro­tec­tion des tra­vailleurs, les organ­i­sa­tions du tra­vail sont des clés pour sur­mon­ter la crise et le res­teront par-​delà le con­fine­ment. C’est notre cœur de métier.

  • Revendi­quer un dia­logue social et pro­fes­sion­nel sur des pro­to­coles de reprise de l’activité dans les entre­prises et admin­is­tra­tions (con­di­tions et organ­i­sa­tions du tra­vail, équipements de pro­tec­tion indi­vidu­els, etc.) et tout au long de la crise san­i­taire qui perdure.

. Recon­naître les métiers à forte valeur ajoutée sociale

  • Revendi­quer des aug­men­ta­tions pérennes de salaires et un tra­vail sur les clas­si­fi­ca­tions et/​ou des états généraux des métiers.
  • Recon­naître ces métiers dans les organ­i­sa­tions du travail.

. Face à l’explosion du chô­mage, revendi­quer des solu­tions con­certées et adap­tées à la diver­sité de la sit­u­a­tion des personnes

La forte hausse du chô­mage actuelle (+7,5 % de deman­deurs d’emploi sans aucune activ­ité en mars, du jamais vu) et à venir, appelle à se mobiliser pour lim­iter le nom­bre de sup­pres­sion d’emploi et pour mieux accom­pa­g­ner ceux qui seront con­cernés par le chômage.

  • Revendi­quer l’abandon de la réforme de l’assurance-chômage.
  • Revendi­quer une con­cer­ta­tion sur l’emploi dans toutes ses dimensions.
  • Mobiliser tous les out­ils exis­tants pour con­tenir au max­i­mum les sup­pres­sions d’emploi sur l’ensemble de la chaîne de valeur.

. Répon­dre à l’urgence des publics les plus frag­ilisés par la crise

Les pré­caires, les jeunes en rup­ture famil­iale, nom­bre de tra­vailleurs indépen­dants, les publics vul­nérables ont vu leur fragilité décu­plée par la crise.

  • Revendi­quer des dis­posi­tifs de sol­i­dar­ité adap­tés à cha­cun de ces publics. Ex : ouver­ture plus large du RSA-​jeunes ; péren­ni­sa­tion des chèques-​services créées pour les sans-​abris ; accom­pa­g­ne­ment global ; dis­posi­tif pour le paiement des loyers…
  • Revendi­quer l’abandon de la réforme des APL, qui accentue la pré­car­ité de ceux qui sont déjà les plus fragiles.

. Recon­naître les tra­vailleurs qui ont affronté la crise en présentiel

La crise a créé dif­férentes sit­u­a­tions de tra­vail : ceux en télé­tra­vail ont été pro­tégés sur le plan financier et de leur santé ; ceux en chô­mage par­tiel ont béné­fi­cié du sou­tien pub­lic (mal­gré une perte nette de salaire) ; ceux qui ont dû tra­vailler en présen­tiel ont subi la peur d’avoir été con­t­a­m­inés ou con­t­a­m­i­na­teurs. La nation leur doit une forme de recon­nais­sance pas unique­ment symbolique.

. Remet­tre la qual­ité du tra­vail et l’emploi de qual­ité au cœur de notre action syndicale

Outre nos actions dans les entre­prises, il s’agit de porter une atten­tion spé­ci­fique aux tra­vailleurs pré­caires, aux sous-​traitants, aux prestataires et indépendants.

. Respon­s­abiliser les entre­prises (et les administrations)

Les (grandes) entre­prises qui ont béné­fi­cié de l’aide publique devront faire preuve de respon­s­abil­ité en ter­mes de verse­ment de div­i­den­des, de rémunéra­tion des dirigeants, de rachat d’actions, de pra­tiques fis­cales, mais aussi d’emploi, etc. Les employeurs publics ne doivent pas être exemp­tés du principe de respon­s­abil­ité, même si celui-​ci y prend d’autres formes.

  • Revendi­quer davan­tage de codéter­mi­na­tion pour garan­tir la respon­s­abil­ité sociale et environne-​mentale des entre­prises dans les faits, sur l’ensemble de la chaîne de valeur, pour­suivre la pra­tique d’observatoire des bonnes (et mau­vaises) pra­tiques. Cela passera notam­ment par la co-​construction de leur rai­son d’être et la mise en place de dis­posi­tifs d’alerte. Dans le secteur pub­lic, la respon-​sabilité sociale des organ­i­sa­tions et la qual­ité du dia­logue social devront être au rendez-​vous.

. Inven­ter une gou­ver­nance de la relance

La crise économique et sociale va frap­per de manière dif­féren­ciée les secteurs, les fil­ières, les entre-​prises, les ménages, les tra­vailleurs. La réponse ne pourra pas être une poli­tique macroé­conomique glob­ale, mais des réponses sur mesure pour aider les entre­prises clés à sur­mon­ter leurs dif­fi­cultés, accom­pa­g­ner les recom­po­si­tions sec­to­rielles, aider les tra­vailleurs et les ménages qui en ont besoin. Cela néces­site une con­nais­sance fine, sur le plan national, sec­to­riel et ter­ri­to­r­ial, du tissu économique et des besoins et donc la con­sti­tu­tion d’une insti­tu­tion ou d’une mis­sion ad hoc, sorte de com­mis­sariat général au Plan com­bi­nant des com­pé­tences dis­parates actuelle­ment (Banque de France, Direc­cte, direc­tion général des entre­prises, BPI, CNI et comités stratégiques de fil­ières, Tré­sor, obser­va­toires des branches…), ainsi qu’un dia­logue social à tous les niveaux.

. Un accom­pa­g­ne­ment global

Les tra­vailleurs, comme d’ailleurs les entre­prises, qui auront subi la crise de plein fouet auront besoin de l’accompagnement global que revendique la CFDT de longue date pour accéder à leurs droits, sans renon­cer à l’enjeu d’en sim­pli­fier l’accès, partout où c’est possible.

. Garan­tir une pra­tique démoc­ra­tique exemplaire

Compte tenu des risques en matière de cli­mat social et de démoc­ra­tie, la sor­tie de crise doit reposer sur une pra­tique démoc­ra­tique exem­plaire qui asso­cie les acteurs économiques et soci­aux comme les territoires.

  • Revendi­quer une méth­ode asso­ciant exper­tise, société civile et élus locaux pour sur­mon­ter la crise. Cette méth­ode pour­rait s’incarner sous forme « d’états généraux du pou­voir de vivre » pour éla­borer con­join­te­ment la suite.
  • Revendi­quer un comité d’experts en sci­ences humaines et sociales pour éclairer les effets de long terme de la crise

. Partager les efforts

Le patronat de l’industrie réclame déjà des accords de per­for­mance col­lec­tive. Ceux-​ci doivent s’accompagner d’engagements en matière de qual­ité de l’emploi et de qual­ité de vie au tra­vail, de dia­logue économique et social notam­ment sur la stratégie, en ter­mes de for­ma­tion, d’investissement dans la tran­si­tion écologique.

À COURT/​MOYEN TERME : SE PRÉMUNIR

. Un pacte pro­duc­tif au ser­vice d’un rebond écologique et social

Le pacte pro­duc­tif sera l’un des leviers du plan de relance indus­triel du gouvernement.

  • Recen­trer le pacte pro­duc­tif sur ses 2 objec­tifs ini­ti­aux – décar­bon­a­tion de l’industrie et le plein emploi – en s’appuyant, dans tous les ter­ri­toires, sur les con­trats de tran­si­tion écologiques, les ter­ri­toires d’industrie, l’économie cir­cu­laire, l’agriculture, l’écologie indus­trielle, mais aussi la con­di­tion­nal­ité des aides publiques et de la com­mande publique à ces objec­tifs écologiques et sociaux.
  • L’appareil de for­ma­tion doit être en mesure de répon­dre à ces enjeux (mutu­al­i­sa­tion, etc.), avec une gou­ver­nance adaptée.
  • La recherche et l’innovation doivent être des leviers clés de ce pacte.

. Ren­forcer notre mod­èle de pro­tec­tion sociale au ser­vice de tous

La crise a mis en lumière les failles d’une par­tie de notre mod­èle de pro­tec­tion sociale, soit qu’il exclut des publics soit qu’il traite des sujets en silos (santé, à la fois publique, au tra­vail, envi­ron­nemen­tale). Cela ren­force notre volonté de le refonder.

  • Organ­iser une large con­sul­ta­tion per­me­t­tant de faire des choix col­lec­tifs en matière de pro­tec­tion sociale.
  • Exiger une loi « grand âge ».
  • Négocier une général­i­sa­tion de la prévoyance.
  • Ren­forcer la porta­bil­ité des droits des travailleurs.

. Porter la logique de tra­vailler « mieux et tous » plutôt que celle du « tra­vailler plus »

Le pro­jet CFDT de banque des temps (ou compte épargne temps uni­versel) doit béné­ficier à tous, pas seule­ment à ceux qui béné­fi­cient déjà des meilleures marges de manœu­vre et de la pos­si­bil­ité d’articuler au mieux les dif­férents temps de la vie. Il s’agit d’un enjeu impor­tant pour ne pas voir le cli­mat social se dégrader davan­tage et éviter une pos­si­ble con­fronta­tion entre tra­vailleurs. Le rap­port au temps de beau­coup de nos conci­toyens a changé avec cette crise san­i­taire, avec la mise à l’arrêt de pans entiers de la société et de l’activité économique. Le temps d’après ne ressem­blera pas au monde d’avant et cette ques­tion des temps va devenir une ques­tion primordiale.

. Repenser la crois­sance au prisme des nou­veaux indi­ca­teurs de richesse

La crise a mon­tré que la richesse de notre pays ne se résume pas à la crois­sance de son PIB : le bien-​être de la pop­u­la­tion, la prise en charge de nos ainé.e.s, des enfants, des plus vul­nérables, la santé, l’éducation, les lieux du vivre ensem­ble (cul­ture, sport, etc.) par­ticipent autant de notre richesse que l’alimentation et l’agriculture, un loge­ment décent, les trans­ports, l’énergie, etc.

  • Revendi­quer la prise en compte des nou­veaux indi­ca­teurs de richesse prévus par la loi Saas de 2015 dans la mesure de la crois­sance des richesses : taux d’emploi, effort de recherche, endet­te­ment, espérance de vie en bonne santé, sat­is­fac­tion dans la vie (sur la base d’une enquête), iné­gal­ités de revenus, pau­vreté en con­di­tions de vie, sor­ties pré­co­ces du sys­tème sco­laire, empreinte car­bone, arti­fi­cial­i­sa­tion des sols.

. Con­stru­ire une gou­ver­nance de long terme et des espaces de régu­la­tion au ser­vice d’une meilleure résilience

  • Struc­turer une pra­tique démoc­ra­tique qui artic­ule démoc­ra­tie poli­tique et sociale, représen­ta­tive et par­tic­i­pa­tive, et garan­tisse des lieux de régu­la­tion à tous les niveaux. Il s’agit de réha­biliter les par­tis poli­tiques, les syn­di­cats, les asso­ci­a­tions, bref, les corps intermédiaires.

. La démoc­ra­tie par­tic­i­pa­tive et la société civile au cœur de pro­jets de développe­ment économique et social durables

  • Met­tre en place des espaces de dia­logue et de co-​construction dans les ter­ri­toires pour don­ner aux citoyens le pou­voir d’agir sur la con­ver­sion écologique et sociale de leur ter­ri­toire de vie ou d’emploi.
  • Val­oriser le rôle du bénévolat et favoriser l’engagement associatif.

. Booster le Green Deal européen pour une sor­tie de crise par le haut

L’Europe a apporté des réponses à la crise, même si on peut regret­ter les ater­moiements de cer­tains de ses Etats mem­bres. La Banque cen­trale européenne a joué un rôle clé et l’Union a sus­pendu le Pacte de sta­bil­ité le temps de la crise. Mais l’Union européenne doit se redonner des hori­zons : une poli-​tique budgé­taire et moné­taire revis­itée, davan­tage de coopéra­tion, notam­ment en matière de poli­tique san­i­taire, le socle européen des droits soci­aux, une poli­tique com­mune du médica­ment, de la recherche, etc. La sor­tie de crise ne sera effi­cace que si une coor­di­na­tion européenne pro­longe ces avancées. Cela peut être le Green Deal, dont le car­ac­tère social et sol­idaire doit être renforcé.

  • Revendi­quer, avec la CES, un Green & Social Deal ambitieux (3 % du PIB fléchés vers la tran­si­tion écologique juste, des objec­tifs de plein emploi et de lutte con­tre la pau­vreté, dans le cadre du socle européen des droits soci­aux) qui devi­enne la bous­sole de l’Union européenne
  • Au niveau mon­dial, pro­mou­voir un mul­ti­latéral­isme rénové par une meilleure coor­di­na­tion entre les agences de l’ONU, une mobil­i­sa­tion mon­di­ale san­i­taire, ali­men­taire, sociale, économique : aide human­i­taire, droits de tirage spé­ci­aux du FMI, relance mon­di­ale et con­certée s’inscrivant dans le cadre des objec­tifs du développe­ment durable (ODD) de l’Agenda 2030 de l’ONU.

. Financer la sor­tie de crise

L’impact budgé­taire de cette crise sera majeur, tant sur le plan des finances publiques que des comptes soci­aux. L’investissement de court terme est d’une telle ampleur qu’il va con­train­dre les choix de long terme pour­tant indis­pens­ables, les investisse­ments soci­aux et écologiques. Il va nous fal­loir col­lec­tive­ment faire face à ce para­doxe, car l’une des leçons de la crise, c’est la néces­sité de « réin­tro­duire le long terme ». Vouloir résor­ber trop vite la dette ferait courir le risque d’entrer dans une nou­velle décen­nie de crise. Notre bous­sole ne doit pas être la dette mais la souten­abil­ité écologique, sociale et démoc­ra­tique de notre société. Les efforts devront être redis­tribués, comme les richesses, afin de con­solider le con­sen­te­ment à la solidarité.

  • Prof­iter des taux bas pour inve­stir dans une économie soutenable.
  • S’appuyer sur la nou­velle pra­tique de la BCE en revendi­quant la reprise des dettes liées au coronavirus.
  • L’épargne peut être mise au ser­vice d’une relance écologique et sociale (investisse­ment sociale­ment responsable).
  • Une fis­cal­ité plus juste : lutte con­tre l’évasion fis­cale ; des revenus du cap­i­tal soumis au même barème que les revenus du tra­vail ; un impôt unique pro­gres­sif sur le cap­i­tal ; ajout d’une tranche de 50 % au barème de l’impôt sur le revenu au-​delà de 300 000 euros annuels ; réforme des droits de suc­ces­sions et sur les dona­tions pour met­tre davan­tage à con­tri­bu­tion les plus hauts patrimoines.
  • Tra­vailler au finance­ment de la pro­tec­tion sociale.
  • Pro­mou­voir l’idée d’une taxe sur le car­bone ajouté.

. Maîtriser et dévelop­per nos fil­ières et ser­vices publics stratégiques

Une relo­cal­i­sa­tion aveu­gle des activ­ités serait illu­soire, voire dan­gereuse (manque de com­pé­tences, risques de repré­sailles économiques, etc.). Mais la France et l’Europe doivent se poser la ques­tion de ce qu’elles veulent/​peuvent/​doivent pro­duire et quels sont les secteurs indis­pens­ables à la survie du pays. En par­al­lèle, il s’agit de dévelop­per les secteurs essen­tiels à la tran­si­tion écologique et sociale : ser­vices publics et au pub­lic, réno­va­tion ther­mique des bâti­ments, trans­ports (dont fret), énergie, alimentation/​agroécologie, bois et forêt, bat­ter­ies, eau, déchets, santé, restau­ra­tion des écosystèmes.

  • Revendi­quer des états généraux des fil­ières et ser­vices publics stratégiques, en France et en Europe.

  1. LE PACTE DU POU­VOIR DE VIVRE

Par la diver­sité des 55 organ­i­sa­tions qui le com­posent et son exper­tise, le Pacte du pou­voir de vivre per­met de pro­duire une vision d’ensemble cohérente fondée sur ses engage­ments fon­da­men­taux : une tran­si­tion sociale et écologique, des valeurs de sol­i­dar­ité, un impératif de revi­tal­i­sa­tion de la démoc­ra­tie et de par-​ticipation des citoyens et des organ­i­sa­tions qui les représen­tent. Il est un levier pour agir durant la crise et porter une vision de l’après-crise.

Dès le début du con­fine­ment, le Pacte du pou­voir de vivre a rap­pelé que nos organ­i­sa­tions sont sur le pont pour gérer la crise (et par­ticipent à amor­tir la crise), que les plus pré­caires sont les pre­mières vic­times (iné­gal­ités), que le temps est à la ges­tion de l’urgence, mais qu’il fau­dra pré­parer l’avenir.

Début avril, un cour­rier au prési­dent de la République a posé la ques­tion de la gou­ver­nance du « plan de relance » : on a entendu le « ce ne sera plus jamais comme avant » et ça doit se faire avec nous.

Les 15 mesures indis­pens­ables pour le pou­voir de vivre dès la fin du confinement

Le 2 mai, le Pacte du pou­voir de vivre a écrit au Pre­mier min­istre pour lui faire 15 propo­si­tions très con­crètes met­tre en œuvre dans les jours et semaines à venir pour le pou­voir de vivre après le con­fine­ment pour tous les publics qui ont été oubliés par le Pre­mier ministre.

Ce sont les femmes et des hommes qui ont perdu ou risquent de per­dre leur emploi ; que l’État a hébergé en urgence et qui se deman­dent s’ils vont être remis à la rue ; des per­son­nes qui n’ont déjà pas assez pour vivre en temps nor­mal mais doivent sup­porter des charges sup­plé­men­taires et pour lesquelles la ques­tion de se nour­rir est posée avec encore plus d’acuité ; ceux qui ne voudront pas emprunter les trans­ports en com­mun mais qui n’ont pas d’espaces sécurisés pour cir­culer en vélo ; des asso­ci­a­tions si indis­pens­ables au lien social et encore plus dans la péri­ode, et qui sont exsangues financièrement…

Il s’agit aussi de s’engager à ne pas pro­longer les mesures déroga­toires prises pen­dant la crise san­i­taire. La démoc­ra­tie doit repren­dre ces droits. Et être pleine­ment artic­ulée avec le pro­grès social.

Face à la crise inédite que nous vivons et mal­gré les défis que nous allons devoir affron­ter, la CFDT n’entend pas céder à une forme de cat­a­strophisme qui pour­rait gag­ner nos mil­i­tants. Nous avons la respon­s­abil­ité de par­ticiper pleine­ment à con­stru­ire un nou­veau con­trat écologique et social qui asso­cie toutes les forces vives au niveau national et ter­ri­to­r­ial, dans une péri­ode de ges­tion de risque. Nous en avons aussi la force, car nous nous appuyons sur un réseau unique de mil­i­tants et d’adhérents qui nous per­met de porter ce que vivent les tra­vailleuses et tra­vailleurs, afin d’y apporter des réponses.

LES 15 MESURES DU PACTE DE POU­VOIR DE VIVRE

  1. Verser une aide excep­tion­nelle de sol­i­dar­ité de 250 € par mois et par per­sonne aux ménages les plus en difficulté.
  1. Créer un fonds national pour aider les locataires frag­ilisés par la crise à payer leurs loy­ers et leurs charges.
  1. Met­tre en œuvre le droit au loge­ment pour qu’aucune per­sonne sans domi­cile mise à l’abri pen­dant la péri­ode de con­fine­ment ne soit remise à la rue sans solution.
  1. Reval­oriser le mon­tant du RSA et l’élargir aux jeunes de 18 à 25 ans.
  1. Ren­dre oblig­a­toire les pro­to­coles d’accord de reprise du tra­vail post-​confinement dans les entre­prises et administrations.
  1. Renon­cer à la réforme de l’assurance-chômage.
  1. Pro­longer les dis­posi­tifs d’exception pour l’accès aux soins.
  1. Met­tre en place des con­di­tions d’accueil et d’intégration dignes pour les migrants et réfugiés
  1. Imposer une con­di­tion­nal­ité écologique et sociale à l’octroi d’aides publiques aux grandes entreprises.
  1. Verser une prime pour les salarié.e.s des secteurs social, médico-​social et san­i­taire en pre­mière ligne et la mise en place dès à présent d’une Con­férence nationale de l’investissement social.
  1. Met­tre en place un plan d’urgence pour dévelop­per l’utilisation du vélo lors du décon­fine­ment et à plus long terme.
  1. Met­tre en place un fonds de sou­tien d’urgence dédié aux associations
  1. Accom­pa­g­ner les élèves et les étu­di­ants en décrochage ou en dif­fi­culté scolaire
  1. Ne pas faire entrer dans le droit com­mun les déci­sions prises pen­dant l’état d’urgence san­i­taire et revenir sur les déci­sions prises qui ont abaissé les règles environnementales
  1. Tenir une Con­férence de la trans­for­ma­tion écologique et sociale

En savoir plus sur www​.pact​edupou​voird​e​vivre​.fr

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CFDT — Ser­vice Infor­ma­tion Com­mu­ni­ca­tion — Mai 2020