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Syn­di­cat du Ministère

de l’Intérieur
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Néces­saire éclairage CFDT sur la nou­velle « boîte à out­ils » sor­tie du cha­peau par l’Administration à l’attention des agents de préfectures :

la démarche LEAN (traduire : « mai­gre » ou « dégraissé »)

Opti­mi­sa­tion des proces­sus en préfecture :

Une « LEAN » haute tension

Est-​ce vrai­ment « LEAN­NO­VA­TION » annon­cée ?

LEAN a été mis en place dès 1970 dans le secteur indus­triel et plus spé­ci­fique­ment la con­struc­tion auto­mo­bile japon­aise. Il s’agissait de rechercher la per­for­mance sur toute la chaîne de pro­duc­tion par l’amélioration con­tinue et l’élimination des gaspillages.

Depuis 40 ans, ce dis­posi­tif a fait florès, sous diverses formes et appel­la­tions, dans de nom­breux secteurs de

pro­duc­tion, les sociétés de ser­vices et désor­mais les ser­vices publics puisque LEAN fait par­tie inté­grante de

l’arsenal de la Direc­tion Générale de la Mod­erni­sa­tion de l’Etat (DGME) dans le cadre de la RGPP.

La DGME traduit d’ailleurs LEAN de façon étrange sur la forme : Leviers d’Effi­cac­ités pour une

Admin­is­tra­tion Nouvelle (?!)… mais est très claire sur le fond : per­me­t­tre à l’Administration de répondre

encore plus effi­cace­ment aux usagers, tout en réduisant les coûts et les délais par la chasse notam­ment à tous les gaspillages : sur­pro­duc­tions, temps d’attentes, déplace­ments inutiles, saisies répétées etc…

Au MIOM­CTI, la démarche LEAN est expéri­men­tée depuis plusieurs mois, et ce avec l’aide d’un cab­i­net de con­seil privé (à quel coût ?), au sein d’une ving­taine de pré­fec­tures pilotes, notam­ment dans les ser­vices de naturalisation.

Con­for­mé­ment à l’objectif pré­cis fixé par la nou­velle direc­tive nationale d’orientation des pré­fec­tures (DNO), elle sera éten­due pro­gres­sive­ment à l’ensemble des pré­fec­tures et notam­ment dans les ser­vices de délivrance des titres (bureaux des étrangers, des cartes grises, des per­mis de con­duire, des C.N.I. et des passe­ports ou encore du con­trôle de légal­ité)… avant d’être généralisée.

Un pro­duit vendu comme un élé­ment d’amélioration

des con­di­tions de tra­vail… TIENS DONC ?

Reconnaissons-​le, LEAN peut séduire dans sa présen­ta­tion et même pro­duire des effets sig­ni­fi­cat­ifs à court terme sur l’ergonomie de tra­vail des agents et l’organisation de cer­taines tâches.

Mais la CFDT ne vous bercera pas d’illusions. LEAN n’a rien d’une œuvre phil­an­thropique car l’expérience démon­tre que cette méth­ode d’organisation se soucie avant tout de l’amélioration des indi­ca­teurs de pro­duc­tion et beau­coup moins des con­di­tions de travail.

LEAN, c’est un cheval de Troie dont l’aspect peut paraître avenant mais qui une fois dans la place, révèle lente­ment mais sûre­ment sa vraie nature.

Une méth­ode basée sur la démarche participative

de l’ensemble des agents… en principe !

C’est une con­di­tion sine qua non : pour que LEAN fonc­tionne, il faut que le proces­sus intè­gre en amont l’avis et le con­sen­te­ment par­tic­i­patif de toute la chaîne de déci­sion et d’exécution des mis­sions d’un service.

Or, pour les pré­fec­tures, l’affaire s’engage assez mal car selon les infor­ma­tions recueil­lies par la CFDT,

l’Administration fait une appli­ca­tion en général assez restric­tive de la démarche par­tic­i­pa­tive, à savoir : la haute hiérar­chie qui décide, le cor­re­spon­dant LEAN en pré­fec­ture qui pilote (comme il le peut) et nos col­lègues en pre­mière ligne qui n’ont d’autre choix que de s’exécuter après une « réu­nion V.R.P. » sur le pro­duit. Les habi­tudes sont tenaces.

C’est la grande ques­tion : pourquoi l’Administration introduit-​elle son dis­posi­tif en catimini ?

Tout sim­ple­ment parce que LEAN va s’appliquer dans des ser­vices en surten­sion depuis des lus­tres, en baisse con­stante d’effectifs, où beau­coup de nos col­lègues (qui n’en fi nis­sent plus de s’adapter au train des réformes) sont au bord de la rupture.

On com­prend dès lors que l’Administration marche sur des œufs en matière de com­mu­ni­ca­tion et ce sont

d’ailleurs prin­ci­pale­ment des con­signes de con­fi­den­tial­ité sur le dis­posi­tif qui sont dis­pen­sées à tous les niveaux.

Par ailleurs, dans la mesure où ce pro­jet a un impact direct sur les con­di­tions de tra­vail d’un grand nom­bre d’agents des pré­fec­tures, LEAN aurait dû faire l’objet d’une con­cer­ta­tion préal­able avec l’ensemble des représen­tants du per­son­nel et d’une inscrip­tion à l’ordre du jour du Comité Technique

Par­i­taire Cen­tral des Pré­fec­tures (CTPCP).

Cela ne peut sus­citer pour la CFDT que scep­ti­cisme et défi­ance d’autant que, n’en dou­tons pas, l’Administration aura à cœur de com­mu­ni­quer sur les bien­faits sup­posés de LEAN, grâce à la magie des statistiques.

Absence de con­cer­ta­tion avec les organ­i­sa­tions syn­di­cales et

infor­ma­tion ciblée… Une atti­tude révéla­trice et con­tre productive !

«LEANÉVITABLE» va-​t-​il se produire ?

Pour la CFDT, compte tenu des con­di­tions dans lesquelles LEAN est mis en place au MIOM­CTI et des effets pro­duits par la démarche et maintes fois con­statés dans nom­bre de secteurs pro­fes­sion­nels depuis plus de 30 ans, le scé­nario suiv­ant sem­ble inévitable :

• une poly­va­lence accrue sur des traite­ments de dossiers pour­tant sen­si­bles et très spécialisés ;

• des objec­tifs de traite­ments qui seront de plus en plus contraignants ;

• une mise en con­cur­rence des agents d’un même service ;

• une méth­ode n’offrant aucune garantie dans la chaîne de traite­ment et de con­trôle des dossiers ;

• un « dégrais­sage » qui au final touchera aussi les agents.

LEAN est bien la cerise empoi­son­née, posée sur le gâteau indi­geste de la réforme de l’administration territoriale.

La CFDT le martèle depuis longtemps,

en matière d’amélioration opéra­tionnelle et de con­di­tions de travail,

le MIOM­CTI dis­pose d’une ressource interne évi­dente juste sous ses yeux :

l’expérience et l’expertise de ses agents.

Mais pour rem­porter la bataille d’une réforme cohérente, il aurait fallu dès l’aube de la RGPP :

• mener un vrai tra­vail de fond en asso­ciant réelle­ment les agents et leurs représen­tants dans la recherche d’améliorations des méth­odes de tra­vail et de sens pra­tique dans les nou­velles missions ;

• met­tre en place dans le même temps de vraies mesures d’accompagnement que nos col­lègues atten­dent tou­jours aujourd’hui : des for­ma­tions vrai­ment qual­ifi antes, des con­struc­tions de par­cours pro­fes­sion­nels plus dynamiques et attrac­t­ifs et surtout une réelle et objec­tive recon­nais­sance de la valeur professionnelle.

Faute de cette vision préal­able, l’Administration est con­trainte aujourd’hui d’agir par réac­tion sur des conditions

de tra­vail déjà trop dégradées, en calquant une méth­ode mir­a­cle et… déjà dépassée. Mais elle devrait néan­moins per­me­t­tre d’atteindre un objec­tif fon­da­men­tal : rem­porter à tout prix la course à l’affichage

Mar­i­anne, Cer­tipref et main­tenant Qualipref.

Pas sûr que les agents et les usagers s’y retrou­vent mais après tout, tant que la vit­rine sera belle, l’Administration pourra tou­jours con­tin­uer d’essayer de nous faire croire que la bou­tique est en bonne santé.

Cela s’appelle anticiper et don­ner des moyens à ses ambitions.

Dans ces con­di­tions, nos reven­di­ca­tions sont claires :

• Sus­pen­sion immé­di­ate de la démarche LEAN en préfecture ;

• Engage­ment d’une négo­ci­a­tion sur l’amélioration des

con­di­tions de tra­vail en par­al­lèle à la recherche d’une effi­cience accrue vis-​à-​vis des usagers.

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